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Code de la commande publique (CCP) : guide pratique pour les acheteurs publics

Jean-Paul ROUSTAN, Directeur de Public Sourcing

Auteur de l’article

Jean-Paul ROUSTAN

Directeur Public Sourcing

Expert de la commande publique, Jean-Paul ROUSTAN accompagne les acteurs publics dans leurs enjeux d’audit, de conseil, de formation, de sourcing et d’optimisation des achats publics.

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L’essentiel en 30 secondes

 

  • Le code de la commande publique (CCP) est entré en vigueur le 1er avril 2019 : il regroupe en un seul texte toutes les règles applicables aux marchés publics et aux contrats de concession.
  • Il est structuré en trois parties (définitions, marchés publics, contrats de concession) et comporte une partie législative (articles L.) et une partie réglementaire (articles R. et D.).
  • Trois principes fondamentaux l’irriguent : liberté d’accès, égalité de traitement et transparence des procédures.
  • Les seuils déterminant la procédure applicable ont été mis à jour en 2024 et de nouvelles mesures de simplification sont entrées en vigueur en 2026.
  • Maîtriser le CCP, c’est avant tout savoir où chercher et comment interpréter – pas mémoriser 1 800 articles.

Qu’est-ce que le code de la commande publique ?

Définition et champ d’application

Le code de la commande publique est le corpus législatif et réglementaire qui encadre l’ensemble des contrats conclus par les acheteurs publics pour répondre à leurs besoins en travaux, fournitures ou services. Il couvre deux grandes familles de contrats : les marchés publics et les contrats de concession.

Son champ d’application est large. Il s’impose à l’État, aux collectivités territoriales, aux établissements publics et à toute personne morale soumise aux règles de la commande publique. En pratique, cela concerne des dizaines de milliers d’entités en France.

Pourquoi un code unique ? L’historique de la réforme 2019

Avant 2019, le droit de la commande publique était dispersé entre plusieurs textes : le code des marchés publics de 2006, l’ordonnance du 23 juillet 2015 sur les marchés, l’ordonnance du 29 janvier 2016 sur les concessions, et leurs décrets d’application respectifs. Un acheteur devait naviguer entre quatre ou cinq textes pour traiter un seul dossier.

La codification a mis fin à cette fragmentation. L’ordonnance n° 2018-1074 du 26 novembre 2018 a constitué la partie législative, et le décret n° 2018-1075 du 3 décembre 2018 la partie réglementaire. Le tout est entré en vigueur le 1er avril 2019.

L’opération était officiellement « à droit constant » – aucune règle nouvelle, seulement une mise en cohérence. Dans les faits, la renumérotation complète des articles a imposé à tous les acheteurs une mise à jour de leurs modèles de documents et de leurs procédures internes.

CCP, ordonnance, décret : quelle articulation ?

Le CCP n’est pas un texte monolithique. Il se compose de deux couches :

  • La partie législative (articles L.) : issue de l’ordonnance de 2018, elle fixe les grands principes et les règles de fond.
  • La partie réglementaire (articles R. et D.) : issue du décret de 2018, elle précise les modalités d’application – délais, seuils, formalités.

Lorsqu’un article législatif renvoie à un décret, c’est dans la partie R. du même code qu’il faut chercher la réponse. Cette logique interne, une fois assimilée, rend la navigation beaucoup plus fluide.

La structure du code de la commande publique

Les grandes parties du CCP

Le code s’organise autour d’un titre préliminaire consacré aux principes fondamentaux, puis de trois parties principales :

Partie Contenu Articles clés
Titre préliminaire Principes de la commande publique (liberté d’accès, égalité, transparence) L1 à L6
1re partie Définitions et champ d’application – qui est acheteur, quels contrats sont visés L1100-1 et suivants
2e partie Marchés publics – de la préparation à l’exécution, en 6 livres L2100-1 et suivants
3e partie Contrats de concession – règles de passation et d’exécution L3100-1 et suivants

La deuxième partie est de loin la plus volumineuse. Elle est elle-même découpée en six livres :

  • Livre Ier : règles générales applicables à tous les marchés publics
  • Livre II : marchés de partenariat
  • Livre III : marchés de défense ou de sécurité
  • Livre IV : maîtrise d’ouvrage publique et maîtrise d’œuvre privée
  • Livre V : marchés à régime particulier
  • Livre VI : dispositions relatives à l’outre-mer

Marchés publics et contrats de concession : deux régimes distincts

Le CCP distingue clairement deux types de contrats. Dans un marché public, l’acheteur paie le titulaire pour obtenir une prestation. Dans un contrat de concession, l’opérateur se rémunère en exploitant le service ou l’ouvrage – il supporte le risque d’exploitation.

Cette distinction n’est pas anodine : les règles de passation, les seuils et les obligations de publicité diffèrent selon le régime applicable. Confondre les deux peut conduire à choisir une procédure inadaptée.

Comment naviguer dans le CCP au quotidien ?

La version consolidée et à jour du code est disponible gratuitement sur Légifrance. La numérotation des articles suit une logique : le premier chiffre indique la partie (2 = marchés publics), le second le livre, les suivants le titre et le chapitre.

Exemple concret : l’article L2123-1 se lit ainsi – 2e partie (marchés publics), livre 1, titre 2, chapitre 3, article 1. Il définit le recours à la procédure adaptée (MAPA) pour les marchés dont la valeur estimée est inférieure aux seuils européens.

Les principes fondamentaux de la commande publique

Le titre préliminaire du CCP pose trois principes qui s’imposent à tout acheteur, quelle que soit la procédure retenue. Ils ne sont pas optionnels : leur méconnaissance expose à un risque contentieux sérieux.

Liberté d’accès à la commande publique

Tout opérateur économique doit pouvoir candidater, sans restriction injustifiée. En pratique, cela signifie qu’un acheteur ne peut pas réserver un marché à une entreprise locale, exiger une implantation géographique particulière, ou fixer des critères de sélection sans lien avec l’objet du marché.

Exemple concret : exiger un chiffre d’affaires minimal de 5 fois le montant du marché – au lieu du plafond légal désormais fixé à 1,5 fois depuis la loi de simplification de mai 2026 – constitue une atteinte à la liberté d’accès.

Égalité de traitement des candidats

Tous les candidats doivent être traités de la même façon, avec les mêmes informations, les mêmes délais et les mêmes règles d’évaluation. L’acheteur ne peut pas communiquer des précisions à un candidat sans les diffuser à tous.

Exemple concret : répondre à une question d’un candidat par e-mail direct, sans publier la réponse sur la plateforme de dématérialisation, rompt l’égalité de traitement et peut entraîner l’annulation de la procédure.

Transparence des procédures

Les règles du jeu doivent être connues avant l’ouverture des offres. Les critères de sélection, leur pondération et les modalités d’évaluation doivent figurer dans les documents de la consultation. L’acheteur ne peut pas modifier ces critères en cours de procédure.

Exemple concret : publier un critère « qualité » sans en préciser les sous-critères ni leur pondération expose l’acheteur à un recours précontractuel. Les marchés publics réglementation imposent cette exigence de clarté dès la mise en ligne de l’avis.

Ce que le CCP change concrètement pour les acheteurs publics

Une chronologie calquée sur la vie du contrat

L’apport le plus visible du CCP pour un acheteur est la logique de lecture chronologique. Le code suit les étapes de la vie du marché : définition du besoin, choix de la procédure, publicité, candidatures, offres, attribution, exécution, fin du contrat.

Avant 2019, les textes étaient organisés par type d’acheteur ou par type de contrat – ce qui obligeait à jongler entre plusieurs sources pour reconstituer une procédure complète. Désormais, un acheteur qui prépare un marché de travaux suit le code de bout en bout, dans l’ordre.

Les seuils et procédures dans le CCP

Les seuils sont la clé d’entrée dans le code. Ils déterminent quelle procédure s’applique :

  • Moins de 40 000 € HT (60 000 € HT depuis le 1er avril 2026 pour les fournitures et services) : dispense de publicité et de mise en concurrence préalables.
  • De 40 000 € HT aux seuils européens : procédure adaptée (MAPA), avec publicité et mise en concurrence proportionnées.
  • Au-dessus des seuils européens (221 000 € HT pour les fournitures et services des collectivités, 5 538 000 € HT pour les travaux) : procédure formalisée obligatoire.

Pour les travaux, la dispense à 100 000 € HT a été pérennisée par la loi de simplification de mai 2026 – une mesure très attendue des collectivités.

Voir notre article sur le MAPA – marché à procédure adaptée

Les évolutions et mises à jour depuis 2019

Le CCP n’est pas figé. Depuis son entrée en vigueur, plusieurs textes l’ont modifié :

  • 2024 : relèvement des seuils européens au 1er janvier, extension de la dématérialisation des copies de sauvegarde, renforcement des avances pour les PME (30 % minimum pour les marchés de l’État).
  • Décret n° 2024-1251 du 30 décembre 2024 : mesures de simplification sur les modifications de marchés et les procédures de passation.
  • Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 : simplification de la vie économique – relèvement du seuil de dispense pour les fournitures et services à 60 000 € HT, plafonnement du chiffre d’affaires exigible à 1,5 fois le montant du marché, pérennisation du seuil travaux à 100 000 € HT, possibilité de contracter avec le second classé en cas de défaillance de l’attributaire.

Les acteurs soumis au code de la commande publique

Pouvoirs adjudicateurs et entités adjudicatrices

Le CCP distingue deux grandes catégories d’acheteurs :

Type d’acteur Exemples Soumis au CCP ?
Pouvoir adjudicateur État, communes, départements, régions, établissements publics (EPA, EPCC, hôpitaux), organismes de droit privé à but non lucratif financés majoritairement par des fonds publics Oui
Entité adjudicatrice Collectivité gérant un réseau d’eau, SNCF, EDF, opérateurs de transport public Oui (règles spécifiques secteurs spéciaux)
Société commerciale de droit privé PME, grandes entreprises sans mission de service public Non (sauf si attributaire d’un marché de sous-traitance)
Association loi 1901 Association subventionnée mais non financée majoritairement par des fonds publics Non en principe (à vérifier au cas par cas)

La qualification d’une entité comme pouvoir adjudicateur dépend de critères précis – financement public majoritaire, contrôle public, mission d’intérêt général non industrielle ou commerciale. Une erreur de qualification expose l’acheteur à un risque de requalification du contrat.

Les marchés exclus du champ d’application

Certains contrats sont expressément exclus du CCP, même s’ils sont conclus par un pouvoir adjudicateur :

  • Quasi-régie (in-house) : contrat passé avec une entité contrôlée comme ses propres services et réalisant l’essentiel de son activité pour l’acheteur.
  • Coopération entre pouvoirs adjudicateurs : mutualisations entre collectivités répondant à des critères stricts.
  • Acquisition ou location d’immeubles existants.
  • Contrats d’emprunt et instruments financiers.
  • Certains services juridiques (représentation en justice, conseil juridique dans certains cas).
  • Certains marchés liés à la défense nationale ou à la sécurité de l’État.

L’exclusion est d’interprétation stricte. En cas de doute, la prudence commande d’appliquer les règles du CCP – ou de solliciter un avis juridique.

Comment maîtriser le code de la commande publique ?

Les ressources officielles à connaître

Trois sources font référence pour tout acheteur public :

Le code de la commande publique PDF est téléchargeable directement depuis Légifrance pour une consultation hors ligne – pratique lors des formations ou des audits terrain.

Les erreurs fréquentes d’interprétation

Quatre erreurs reviennent systématiquement dans la pratique des acheteurs publics :

1. Confondre seuil de procédure et seuil de publicité. Les seuils qui déclenchent une procédure formalisée ne sont pas les mêmes que ceux qui imposent une publicité dans un journal d’annonces légales ou au BOAMP. Un marché peut être en MAPA et nécessiter une publicité adaptée sans atteindre les seuils européens.

2. Mal calculer la valeur estimée du marché. La computation des seuils impose d’agréger les besoins homogènes sur l’ensemble de l’entité adjudicatrice et sur la durée totale du contrat (reconductions incluses). Fractionner artificiellement un marché pour rester sous un seuil est illégal et expose à des sanctions pénales.

3. Méconnaître les marchés exclus. Certains acheteurs appliquent le CCP à des contrats qui en sont expressément exclus (quasi-régie, coopération entre collectivités), générant une lourdeur procédurale inutile. À l’inverse, d’autres omettent de vérifier les conditions strictes de ces exclusions et s’exposent à une requalification.

4. Négliger la mise à jour des modèles de documents. Le CCP a été modifié plusieurs fois depuis 2019. Des acheteurs utilisent encore des trames de règlement de consultation ou de CCAP référençant l’ancien code des marchés publics de 2006 – ou des seuils périmés. Un DCE comportant des références obsolètes fragilise la procédure.

Voir notre article sur le DCE – dossier de consultation des entreprises

Public Sourcing vous accompagne dans la maîtrise de la commande publique

Le Cabinet Public Sourcing accompagne les collectivités et établissements publics dans la sécurisation de leurs procédures d’achat : audit de conformité au CCP, formation des équipes achat et juridiques, et conseil opérationnel sur les marchés complexes. Nos interventions partent toujours du terrain – des documents réels, des procédures en cours, des questions concrètes que se posent les acheteurs au quotidien.

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FAQ – Code de la commande publique

Quelle est la différence entre le CCP et l’ancien code des marchés publics ?

L’ancien code des marchés publics de 2006 ne visait que les marchés passés par l’État et les collectivités territoriales. Le CCP, entré en vigueur en 2019, est plus large : il couvre aussi les contrats de concession et s’applique à l’ensemble des acheteurs soumis au droit de la commande publique, y compris certains organismes de droit privé. La numérotation des articles a été entièrement revue.

Le CCP s’applique-t-il aux associations ?

Pas automatiquement. Une association loi 1901 n’est soumise au CCP que si elle remplit les critères du pouvoir adjudicateur : être créée pour satisfaire un besoin d’intérêt général non industriel ou commercial, être financée majoritairement par des fonds publics ou soumise à un contrôle public. Une association subventionnée ponctuellement n’entre pas dans ce champ.

Où trouver le texte officiel du CCP ?

Le texte consolidé et à jour est disponible gratuitement sur Légifrance. Une version PDF téléchargeable est également proposée sur le même site. C’est la seule version qui fait foi juridiquement.

Quand le CCP a-t-il été mis à jour pour la dernière fois ?

Le CCP fait l’objet de mises à jour régulières. Les dernières modifications significatives sont intervenues avec le décret n° 2024-1251 du 30 décembre 2024 (simplification des procédures) et la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 (simplification de la vie économique), qui a notamment relevé le seuil de dispense pour les fournitures et services à 60 000 € HT et pérennisé le seuil travaux à 100 000 € HT.

Quels marchés sont exclus du CCP ?

Les principales exclusions concernent les contrats de quasi-régie (in-house), les coopérations entre pouvoirs adjudicateurs répondant aux critères légaux, l’acquisition ou la location d’immeubles existants, les contrats d’emprunt, certains services juridiques (représentation en justice notamment) et certains marchés liés à la défense ou à la sécurité nationale. Ces exclusions sont d’interprétation stricte.

Sources utiles