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Centrale d’achat public : définition, fonctionnement et avantages

“Une centrale d’achat public est une structure habilitée à passer des marchés pour le compte d’autres acheteurs publics. Recourir à une centrale – l’UGAP en tête – dispense l’acheteur de toute procédure de mise en concurrence. C’est un levier de simplification puissant, mais il ne convient pas à tous les besoins.”

Jean-Paul ROUSTAN, Directeur de Public Sourcing

Auteur de l’article

Jean-Paul ROUSTAN

Directeur Public Sourcing

Expert de la commande publique, Jean-Paul ROUSTAN accompagne les acteurs publics dans leurs enjeux d’audit, de conseil, de formation, de sourcing et d’optimisation des achats publics.

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Qu’est-ce qu’une centrale d’achat public ?

Définition juridique

Le Code de la commande publique (CCP) définit la centrale d’achat aux articles L2113-2 et suivants. Il s’agit d’un acheteur – pouvoir adjudicateur ou entité adjudicatrice – dont l’objet est d’exercer de façon permanente, au bénéfice d’autres acheteurs publics, au moins l’une des deux activités d’achat centralisées suivantes :

  • l’acquisition de fournitures ou de services destinés à être revendus à d’autres acheteurs ;
  • la passation de marchés ou la conclusion d’accords-cadres de travaux, fournitures ou services pour le compte d’autres acheteurs publics.

Le caractère permanent de l’activité est la clé : une centrale d’achat n’est pas un groupement ponctuel, c’est une structure dédiée et pérenne.

Les deux activités : grossiste et mandataire

Une centrale d’achat peut exercer l’une ou les deux activités suivantes.

En mode grossiste, elle achète des fournitures ou des services, les stocke et les revend aux acheteurs publics qui en font la demande. C’est le modèle dominant de l’UGAP : l’acheteur passe commande dans un catalogue, sans avoir à lancer la moindre procédure.

En mode mandataire (ou intermédiaire), elle passe des marchés ou conclut des accords-cadres pour le compte d’acheteurs qui vont ensuite émettre des bons de commande directement auprès des titulaires. UniHA, dans le secteur hospitalier, fonctionne notamment selon ce schéma.

Qui peut y recourir ?

Tout acheteur soumis au CCP peut utiliser une centrale d’achat : l’État, les collectivités territoriales (communes, départements, régions, EPCI), les établissements publics (hôpitaux, universités, offices HLM…). La centrale d’achat pour les collectivités est donc un outil accessible à toutes les strates de la commande publique, quelle que soit la taille de la structure.

Comment fonctionne une centrale d’achat ?

Le mécanisme de dispense de procédure

C’est l’avantage central. Lorsqu’un acheteur public recourt à une centrale d’achat régulièrement constituée, il bénéficie d’une dispense de procédure de publicité et de mise en concurrence (CCP, art. L2113-2). La centrale a déjà organisé la compétition : l’acheteur profite du résultat sans avoir à refaire le travail.

Concrètement, cela signifie qu’une commune peut commander des véhicules au catalogue UGAP sans lancer d’appel d’offres, quel que soit le montant – y compris au-delà des seuils des marchés publics qui déclencheraient normalement une procédure formalisée.

Cette dispense n’est pas un blanc-seing : l’acheteur doit s’assurer que la centrale a bien respecté les règles du CCP lors de la passation de ses propres marchés, et que le besoin commandé correspond effectivement à ce qui est proposé.

Les conditions d’adhésion

Les modalités varient selon la centrale. Pour l’UGAP, l’adhésion est libre et gratuite : il suffit de créer un compte sur ugap.fr. Pour des centrales régionales comme CAP Territoires, une convention d’adhésion est généralement signée.

Dans tous les cas, l’acheteur doit vérifier que la centrale couvre bien le périmètre de son besoin (nature des fournitures ou services, zone géographique, conditions d’exécution) avant de passer commande. Recourir à une centrale pour un besoin hors périmètre expose à un risque de requalification.

Différence entre centrale d’achat et groupement de commandes

Ces deux outils de mutualisation sont souvent confondus. Ils répondent pourtant à des logiques très différentes.

Critère Centrale d’achat Groupement de commandes
Structure Entité dotée de la personnalité morale Convention entre acheteurs (pas toujours de personnalité morale)
Système Ouvert : bénéficiaires non fixés à l’avance Fermé : membres déterminés dès la constitution
Procédure La centrale passe le marché ; l’acheteur commande ensuite Les membres lancent ensemble une procédure de mise en concurrence
Responsabilité La centrale porte le marché initial Chaque membre est partie au contrat
Flexibilité Élevée : tout acheteur éligible peut rejoindre Faible : difficile d’intégrer de nouveaux membres
Mise en place Aucune démarche lourde pour l’acheteur Convention constitutive à rédiger

Le groupement de commandes est pertinent pour des besoins spécifiques et partagés entre un nombre limité d’acheteurs identifiés. La centrale d’achat convient aux achats courants et répétitifs, pour lesquels la massification nationale apporte un réel avantage prix. Pour les achats intermédiaires, un marché à procédure adaptée (MAPA) reste souvent la voie la plus souple.

L’UGAP : la principale centrale d’achat public en France

Présentation de l’UGAP

L’UGAP – Union des Groupements d’Achats Publics – est l’unique centrale d’achat public généraliste nationale en France. Établissement public industriel et commercial (EPIC), elle est placée sous la double tutelle du ministère chargé du Budget et du ministère chargé de l’Éducation nationale.

Les chiffres 2024 donnent la mesure de son poids : 7,38 milliards d’euros de chiffre d’affaires HT, 1,1 million de commandes traitées, plus de 150 000 clients publics actifs. C’est, de loin, le premier acheteur public de France.

Domaines couverts

L’UGAP couvre pratiquement l’ensemble des familles d’achats d’une collectivité ou d’un établissement public :

  • Informatique & téléphonie (matériels, logiciels, services)
  • Véhicules (voitures, utilitaires, mobilités douces)
  • Mobilier (bureaux, salles de classe, espaces collectifs)
  • Fournitures de bureau et papeterie
  • Hygiène, entretien et EPI
  • Énergie (électricité, gaz)
  • Santé et laboratoire
  • Services (maintenance, prestations intellectuelles)

En 2025, le catalogue compte près de 700 000 références, avec une orientation marquée vers l’achat responsable : 80 % des achats UGAP visent des critères sociaux et environnementaux.

Comment passer commande via l’UGAP

La démarche est simple.

  1. Créer un compte sur ugap.fr (gratuit, ouvert à tout acheteur public).
  2. Identifier le produit ou service dans le catalogue en ligne.
  3. Émettre un bon de commande directement depuis l’interface – aucune procédure de mise en concurrence n’est requise.
  4. Suivre la livraison et la facturation via l’espace client.

Autres centrales d’achat publiques notables

CAP Territoires est la première centrale d’achat publique régionale en France. Elle couvre les régions Hauts-de-France, Normandie, Île-de-France et Grand Est, avec plus de 1 800 clients. Son offre se concentre sur l’informatique, les denrées alimentaires et les services aux collectivités.

UniHA (Union des Hôpitaux pour les Achats) est le premier acheteur public dans le domaine de la santé : plus de 1 400 établissements adhérents, environ 3 800 marchés actifs, pour un périmètre de 7 à 8 milliards d’euros d’achats annuels.

Les CAPL (Centrales d’Achat Publiques Locales) sont des structures de droit public créées par des collectivités ou groupements de collectivités pour mutualiser leurs achats à l’échelle d’un territoire. Elles constituent une alternative pertinente pour des besoins locaux très spécifiques.

Avantages et limites du recours à une centrale d’achat

Avantages

Gain de temps et simplification administrative. C’est l’argument numéro un. Pas de publicité à rédiger, pas de règlement de consultation à produire, pas de commission d’appel d’offres à réunir. Pour une petite collectivité sans service achat dédié, c’est souvent décisif.

Économies d’échelle sur les prix. L’UGAP négocie pour le compte de 150 000 acheteurs publics. Le volume massifié permet d’obtenir des conditions tarifaires qu’aucune collectivité isolée ne pourrait atteindre seule, notamment sur les véhicules, l’informatique ou l’énergie.

Sécurité juridique. La dispense de procédure prévue par le CCP est claire : si la centrale a correctement passé ses marchés, l’acheteur qui y recourt est à l’abri d’un recours pour manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. C’est une garantie forte, surtout dans un contexte de contrôle renforcé des achats publics.

Limites et points de vigilance

Risque de standardisation des achats. Les catalogues des centrales proposent des produits et services standardisés. Pour des besoins très spécifiques – un logiciel métier sur mesure, une prestation d’ingénierie complexe, un aménagement architectural particulier – la centrale ne répondra pas au besoin réel.

Vérification de la cohérence avec le besoin réel. L’acheteur ne peut pas se contenter de commander “ce qui est disponible”. Il doit s’assurer que les caractéristiques techniques, les conditions d’exécution et les niveaux de service correspondent à son besoin. Une commande inadaptée reste une mauvaise commande, même passée en dispense de procédure.

Perte de maîtrise sur les critères de sélection. En déléguant la mise en concurrence à la centrale, l’acheteur renonce à définir ses propres critères d’attribution. Il ne peut pas, par exemple, favoriser un fournisseur local ou imposer des exigences environnementales spécifiques au-delà de ce que prévoit le marché de la centrale.

Mon analyse – Quand la centrale d’achat n’est PAS la bonne solution

Nous le constatons régulièrement dans nos missions d’accompagnement : la centrale d’achat est sur-utilisée pour des achats qui mériteraient une procédure propre. Trois situations nous alertent systématiquement.

Les marchés de services intellectuels (conseil, audit, assistance à maîtrise d’ouvrage) : par nature, ces prestations nécessitent une mise en concurrence sur des critères qualitatifs fins – méthodologie, références, profils des intervenants. Aucune centrale ne peut anticiper la singularité de votre besoin.

Les achats à fort enjeu territorial : si votre politique achat vise à soutenir l’économie locale ou à intégrer des clauses d’insertion spécifiques à votre territoire, la centrale vous prive de ce levier.

Les besoins évolutifs ou innovants : quand le marché évolue vite (solutions numériques, énergies renouvelables), les catalogues des centrales accusent souvent un retard de 12 à 24 mois sur l’état de l’art.

Dans ces cas, lancer sa propre procédure – avec un bon accompagnement en marchés publics – est presque toujours plus efficace et plus pertinent.

Centrale d’achat public et stratégie d’achat : comment articuler les deux ?

Place de la centrale dans une politique achat globale

Une centrale d’achat n’est pas une politique achat. C’est un outil parmi d’autres, à positionner dans une démarche structurée. Les acheteurs publics les plus matures l’utilisent de façon ciblée : ils réservent la centrale aux familles d’achats courants et banalisés (fournitures de bureau, matériel informatique standard, véhicules de série) et conservent la maîtrise de leurs propres procédures pour les achats stratégiques.

Quand privilégier la centrale vs. lancer sa propre procédure

Quelques critères de décision simples :

  • Recourir à la centrale si le besoin est standard, récurrent, bien couvert par le catalogue, et si le volume ne justifie pas une négociation propre.
  • Lancer sa propre procédure si le besoin est spécifique, si des critères qualitatifs ou territoriaux sont déterminants, ou si le montant est suffisamment élevé pour que la négociation directe génère une économie supérieure à la commission de la centrale.
  • Combiner les deux : certaines collectivités utilisent l’UGAP pour les achats courants tout en maintenant leurs propres marchés pour les segments stratégiques.

Lien avec la cartographie des achats et la segmentation des familles d’achats

C’est ici que tout se joue. Sans cartographie des achats, il est impossible de décider rationnellement quelles familles confier à une centrale et lesquelles traiter en propre. La cartographie permet de segmenter les dépenses par famille, d’évaluer les enjeux (volume, risque, complexité) et d’orienter chaque segment vers le mode d’achat le plus adapté.

Une règle pratique : les familles à fort volume, faible complexité et marché fournisseur concurrentiel sont les meilleures candidates pour la centrale d’achat. Les familles à faible volume, forte spécificité ou enjeu stratégique méritent une procédure dédiée.

FAQ

Une collectivité est-elle obligée de recourir à une centrale d’achat ?

Non. Le recours à une centrale d’achat est toujours facultatif. Aucune disposition du CCP n’impose à un acheteur public d’y adhérer. C’est un outil mis à disposition, pas une obligation. Certaines circulaires ministérielles encouragent le recours à l’UGAP pour certaines catégories d’achats de l’État, mais les collectivités territoriales restent libres de leurs choix.

La centrale d’achat dispense-t-elle vraiment de toute procédure ?

Oui, pour la procédure de publicité et de mise en concurrence. Mais l’acheteur doit toujours formaliser sa commande (bon de commande, convention de mise à disposition), vérifier la cohérence du besoin avec l’offre de la centrale, et respecter les règles internes de sa propre organisation (délégation de signature, engagement budgétaire, etc.). La dispense ne supprime pas les obligations de gestion interne.

Quelle différence entre UGAP et un groupement de commandes ?

L’UGAP est une centrale d’achat permanente : elle passe ses propres marchés et les met à disposition de tout acheteur public, sans que celui-ci soit partie au contrat initial. Un groupement de commandes est une association ponctuelle d’acheteurs qui lancent ensemble une procédure pour leurs besoins communs. Le groupement se dissout une fois les marchés passés ; l’UGAP, elle, est permanente.

Peut-on négocier les prix d’une centrale d’achat ?

En règle générale, non. Les prix pratiqués par une centrale d’achat résultent de marchés déjà négociés. L’acheteur bénéficie des conditions obtenues par la centrale, sans possibilité de les modifier. Certaines centrales proposent toutefois des remises de volume pour les commandes importantes, ou des conditions spécifiques dans le cadre d’accords-cadres à bons de commande avec remise en concurrence.

Quels sont les risques juridiques liés au recours à une centrale d’achat ?

Le risque principal est de commander hors périmètre : si l’acheteur passe commande pour un besoin qui ne correspond pas exactement à ce que couvre le marché de la centrale, la dispense de procédure ne s’applique pas. Il s’expose alors à un risque de requalification et, potentiellement, à un recours pour manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. Un second risque est de recourir à une centrale dont les propres marchés seraient irréguliers – d’où l’importance de vérifier la régularité de la centrale avant tout recours.

 

Sources utiles